Sur l’étiquette et dans les publicités, plusieurs types d’arguments sont mis en avant pour caractériser et valoriser l’eau embouteillée : son goût, sa qualité minérale mais aussi les bienfaits qu’elle apporte pour toute la famille ou pour certaines catégories de personnes. Apparaissent également des arguments qui touchent au site naturel de captage de l’eau et aux engagements environnementaux du groupe qui possède la marque. La forme et la couleur de la bouteille, ainsi que l’image de la marque ont aussi leur importance. Enfin, le prix de la bouteille est aussi un argument de vente, toutefois rarement mis en avant dans la communication.
Le goût d’une eau en bouteille est parfois un argument de vente : "si légère en goût" (étiquette Taillefine), "son goût subtil, trés peu salé" (étiquette Quézac), "son goût si particulier" (étiquette Volvic)... En revanche, aucune allusion n’est faite sur ce thème pour les eaux fortement minéralisées qui sont réputées pour leur goût prononcé, voire désagréable !

Comme l’exige la réglementation, la qualité minérale d’une eau en bouteille est toujours indiquée sur l’étiquette, sous forme d’un tableau ou d’une liste. Le tableau ci-après rassemble les caractéristiques minérales moyennes (exprimées en milligramme par litre) de quelques eaux en bouteille (choisies au hasard) et, en guise de comparaison, de l’eau du robinet distribuée à Paris. Cependant, ce tableau semble ne pas être suffisant pour informer et convaincre le consommateur puisque de nombreux slogans viennent souligner les caractéristiques des eaux en question. L’objectif est donc de se différencier des eaux concurrentes, comme nous le rappellent quelques marques : "Toutes les eaux ne naissent pas égales" (étiquette Wattwiller), "La nature est injuste, ce qu’elle donne à Volvic, elle ne le donne pas à toutes les eaux." (campagne d’affichage Volvic 2004).
Voici ce que dit l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à propos de la minéralisation des eaux en bouteille :
"Si certaines eaux minérales permettent d’apporter à l’organisme des micronutriments essentiels comme le calcium, à la connaissance de l’OMS, les effets bénéfiques de la consommation de ces eaux minérales n’ont jamais été sérieusement prouvés. C’est pourquoi l’OMS s’abstient de faire des recommandations, dans ses Directives de qualité pour l’eau de boisson, sur les concentrations maximales admissibles de composés essentiels." [1]
Pourtant, comme nous allons le montrer, les minéraliers insistent fortement sur les bienfaits que les consommateurs peuvent tirer de la qualité minérale de leur eau en bouteille.

Si l’on en croit les indications portées sur les étiquettes des bouteilles, la consommation de ces eaux apporterait de nombreux bienfaits : "Rozana, connue depuis l’antiquité pour ses vertus bienfaisantes" (étiquette Rozana), "Boire chaque jour une eau minérale équilibrée : un bienfait véritable" (étiquette Saint-Amand), etc.
D’après les minéraliers, certaines eaux en bouteille sont dédiées à la préparation des biberons : "L’eau de Volvic [...] convient particulièrement à l’alimentation du nourrisson." (étiquette Volvic), "Convient aux enfants dès leur plus jeune âge" (étiquette Aquarel)... Certains ajoutent même la photo ou le dessin d’un bébé (Thonon, Cristaline, Mont Roucous) ou d’un biberon (Montclar) en guise de logo de qualité.
Au contraire, certaines eaux ne sont pas adaptées : "Les eaux riches en minéraux ne conviennent pas à la préparation des biberons" (étiquette Taillefine) ; " Ne pas utiliser chez les nourrissons sauf en cas de constipation sur avis médical. Convient pour un régime pauvre en sodium. Déconseillée en cas de troubles digestifs graves". (étiquette Hépar) ; etc.
Enfin, si quelques eaux sont idéales "pour toute la famille" (étiquettes Aquarel ou Montclar), d’autres sont réservées à certaines catégories de personnes : "Courmayeur convient aux personnes astreintes à un régime pauvre en sodium" (étiquette Courmayeur), "l’eau de Wattwiller est recommandée aux femmes enceintes et pour les régimes sans sel" (étiquette Wattwiller)...
La minceur est aussi un argument qui est à la base de certains produits puisqu’il apparaît dans leur nom même (Taillefine par exemple) ou dans les slogans qui marquent les esprits : "Contrex, mon partenaire minceur", "Mon eau minceur, c’est Courmayeur !".
Bien sûr, les textes publicitaires font référence, de manière plus ou moins directe, à la minceur : "pour vous aider à éliminer après les fêtes. [...] Taillefine, moins de superflu, plus d’essentiel" (publicité télévisée Taillefine), "Pour me sentir belle sur toute la ligne" (étiquette Contrex), "Et si c’était la meilleur alliée de votre minceur ?" (étiquette Courmayeur), etc. Sur les étiquettes sont parfois dessinées des femmes aux lignes élancées.
Cependant, une marque (à notre connaissance) semble jouer la carte de l’honnêteté en précisant que "Courmayeur peut-être votre meilleure alliée lorsque vous cherchez à mincir" mais qu’il faut "également manger léger et faire de l’exercice" (étiquette Courmayeur).
Le site de captage est un élément important de la communication et il est très largement valorisé sur les étiquettes. Tous les massifs montagneux de France sont concernés, des volcans d’Auvergne (Volvic) aux Monts des Vosges (Wattwiller) en passant par les Alpes (Thonon)... La valorisation du site de captage est également effectuée à travers l’image (étiquette, affiches ou spots publicitaires).
Le fait que l’eau embouteillée provienne d’un site naturel exceptionnel lui donne des caractéristiques particulières qui sont, selon les minéraliers, transmises au consommateur. Le discours est celui du transfert de la nature vers le corps : "Si un geyser jaillit à 67km/h, il doit bien pouvoir vous faire un petit quelque chose" (publicité télévisée Arvie), "légère et intacte, elle circule aisément dans l’organisme, transportant au cœur des cellules sa pureté originelle" (étiquette Mont Roucous), etc.
On retrouve ici la croyance selon laquelle on devient ce que l’on mange. Rappelons par exemple que dans certaines civilisations il convenait de manger le cœur de l’adversaire que l’on avait terrassé pour acquérir sa force. Ainsi les minéraliers clament que l’on tire une certaine force de la consommation d’une eau issue d’un milieu sauvage...
La protection de l’environnement, en particulier du site de captage, prend alors toute sa force. Il faut protéger le site pour sauvegarder les qualités de l’eau mise en bouteille : "parce que la Nature lui a donné ses bienfaits, l’eau minérale de Thonon fera toujours tout pour la préserver et transmettre aux générations futures un environnement propre" (étiquette Thonon), "3500 hectares de forêts et de prairies, préservés de toute agglomération, industrie lourde ou culture intensive" (étiquette Volvic), etc.
La participation du minéralier et l’incitation à la protection de l’environnement sont mentionnées sur les étiquettes : "Participez au tri sélectif" (Valvert, Volvic, Evian), "Bouteille recyclage" (Volvic, Evian), "Emballage recyclable et compressible" (Aquarel), "Compressible. Recyclable" (Vittel). Le logo Éco-emballages est toujours présent sur les étiquettes et une petite bouteille en plastique est parfois dessinée (Vittel, Valvert...).
Bien évidemment, si les caractéristiques de l’eau sont essentielles, l’aspect de la bouteille elle-même joue un rôle important dans la relation produit-client. Le premier contact du consommateur avec une eau en bouteille se fait d’ailleurs par la vue puis le contact... bien avant le goût et l’odeur !
Il suffit d’examiner la manière dont les fabricants parlent des formes et des couleurs des bouteilles et des étiquettes pour comprendre l’importance accordée à ces éléments.
Ainsi, le groupe Nestlé Waters nous explique que "l’emballage véhicule des valeurs de plaisir et de séduction" et que "la forme de la bouteille et son habillage participent activement à construire l’identité de la marque". L’objectif poursuivi est "d’imaginer et de concevoir des emballages aux formes, aux textures ou aux couleurs toujours plus attrayantes" [www.nestle-waters.com/fr].
Voici quelques exemples concrets relevés sur les sites Internet de différentes marques :

En plus de la forme et de la couleur de la bouteille, il ne faut pas négliger l’image de la marque elle-même qui fait que certaines personnes sont attachées à telle ou telle eau. C’est le rôle du marketing de construire un univers particulier autour de la marque en question pour faire rêver les consommateurs. Certaines eaux minérales existent depuis plus de cent ans et ont façonné leur image au fil du temps et des campagnes publicitaires.
Il est intéressant de remarquer que le groupe propriétaire de la marque (et l’image qu’il véhicule) est mis en avant sur certaines étiquettes : "Nestlé, expert mondial en nutrition, s’engage avec Aquarel à vous offrir toutes les qualités d’une eau pure, fraîche et légère." (étiquette Aquarel) ; "Taillefine, une marque du groupe Danone" (étiquette Taillefine, idem sur les étiquettes des autres marques du groupe comme Vovic ou Evian).
Le prix de la bouteille est bien sûr un élément qui compte pour le consommateur. Ce dernier a beaucoup de choix : plus de cent références, des eaux à petits prix jusqu’aux marques haut de gamme. Si le critère du prix est rarement mis en avant dans la publicité, signalons tout de même deux opérations récentes sur ce thème :
[1] OMS, Eaux de boisson en bouteille. Aide mémoire n°256, Octobre 2000. http://www.who.int/mediacentre/fact...