De nombreux dispositifs d’enquête existent pour tenter de recueillir les perceptions des "gens ordinaires" à propos des problématiques environnementales. Chercher à connaître et comprendre les attitudes et les comportements de la population générale ou de groupes particuliers (personnes à risques par exemple) est important en matière de communication environnementale. Les données issues de ces enquêtes sont par exemple très utiles lors de la conception des campagnes. L’objectif de ce dossier est d’analyser les principales caractéristiques de quelques dispositifs d’enquêtes sur le cas précis de la pollution atmosphérique.
Sommaire :
Les baromètres
Les enquêtes qualitatives
Les livres blancs
Sources et liens
De nombreux dispositifs d’enquêtes existent pour tenter de renseigner les rapports qu’entretiennent les "gens ordinaires" avec le problème de la pollution atmosphérique. Nous les avons répartis en trois catégories : les baromètres, les enquêtes qualitatives et les livres blancs. Pour chacun d’eux, nous allons en décrire les principales caractéristiques.
Le premier dispositif d’enquête est celui de type "baromètre". Ce dispositif est issu des premières recherches sur la perception des risques menées aux USA par l’équipe de Paul Slovic. L’objectif de ces recherches était de comprendre l’opposition à la technologie (notamment chimique et nucléaire) exprimée par les citoyens américains [1]. La méthodologie développée à partir des années 1970 est toujours d’actualité : "examining the opinions that people express when they are asked, in a variety of ways, to evaluate hasardous activities, substances and technologies" [2].
Les baromètres sont aujourd’hui commandités par diverses institutions (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, Institut National de Prévention et d’Éducation à la Santé, Commission de l’Union Européenne...) et sont réalisés par des instituts de sondage (BVA, Credoc...). Nous avons relevé trois particularités méthodologiques propres à ce type de dispositifs :
Pratiquement, le problème de la pollution atmosphérique peut être comparé à d’autres problèmes d’environnement ou de société. Par exemple :
D’autres questions concernent plus précisément le problème de la pollution de l’air ; elles portent sur une appréciation globale du problème ou sur des aspects plus précis comme les causes de la pollution ou les moyens de lutte envisageables :
Notons enfin que les sondages que l’on voit fleurir dans les médias présentent les mêmes caractéristiques à un détail près : leur aspect ponctuel (par opposition à la périodicité des baromètres). Citons par exemple les sondages BVA de décembre 1997 sur "Automobile et civisme écologique", SOFRES de février 1998 et IFOP d’avril 2000 sur la hiérarchisation des problèmes des parisiens (pollution de l’air, nombre de sans-abris, circulation...).
La Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) d’Île-de-France a commandé deux enquêtes de perception de ce type lors de l’élaboration du Plan Régional pour la Qualité de l’Air (PRQA) en 1998. La première enquête a été conduite par l’Observatoire des Pratiques et Représentations Sociales de l’Environnement (Oprese) de l’Institut Français de l’Environnement (Ifen), la seconde par Lorne Conseil, société de conseil en communication. Ce dispositif d’enquête se différencie du type " baromètre " sur plusieurs points méthodologiques :
Après quelques questions relatives à la qualité de la vie en général, les discussions sont très vite ramenées au thème central de ces enquêtes : la perception par la population francilienne du problème de la qualité de l’air. Plus précisément, les questionnaires abordent (extrait du guide d’entretien Oprese) :
Ajoutons que l’aspect communication est présent dans chacune de ces enquêtes :
Précisons que certaines recherches sur les aspects socio-politico-économiques ont été financées par différents Ministères dans le cadre du programme PRIMEQUAL-PREDIT [3]. Citons notamment : "Représentation et évaluation de la pollution atmosphérique dans la ville de Dunkerque" et "Évaluation de la sensibilisation de la population en matière de pollution atmosphérique et de risque pour la santé et identification des freins à la mise en œuvre des mesures de lutte antipollution automobile". Ces recherches font partie de cette catégorie de dispositifs d’enquête "audits qualitatifs".
La technique d’enquête des "livres blancs" consiste à laisser la parole, c’est-à-dire un espace d’écriture, aux personnes qui le souhaitent, sur un sujet d’ordre général : la pollution ou la qualité de la vie. Nous avons recensé deux opérations de ce type qui ont été menées en 1999 par la Mairie de Paris (opération intitulée "États généraux de la qualité de la vie") et en 1998 par l’Association des Maires d’Île-de-France (Amif). Les caractéristiques d’ordre méthodologique de cette technique sont les suivantes :
C’est en 1999 que les "États généraux de la qualité de la vie" furent organisés : "Un parisien, une idée. Chacun a son mot à dire pour faire progresser la qualité de la vie dans la capitale. [...] Pour ma rue, mon quartier, ma ville... voici une idée". Les feuillets ont été distribués dans de nombreux endroits de la capitale : mairies, écoles, universités... mais aussi piscines, cimetières... et publiés dans des journaux locaux. 8000 feuillets ont été renvoyés ou déposés à l’Hôtel de Ville dont environ 3600 consacrés à la pollution de l’air. Toutes ces réponses sont consultables, ainsi qu’une analyse thématique faite par le Service des Pollutions Atmosphériques - Air et Silence (SPAAS) de la Mairie de Paris [4].
C’est à l’occasion des deuxièmes assises de l’Amif, en 1998, autour du thème "Île-de-France, objectif : pollution zéro" [5] que furent disposés des livres blancs dans les mairies d’Île-de-France. La question posée était : "Et vous, que feriez-vous dans votre ville pour lutter contre la pollution ?". 200 livres ont été récoltés soit plusieurs milliers de suggestions, qui ne sont malheureusement pas consultables.
Principale référence :
Sites Internet :
[1] "The dominant perception for most Americans (and one that contrasts sharply with the views of professional risk assessors) is that they face more risk today than in the past and that future risk will be even greater than today’s. [...] These perceptions and the opposition to technology that accompanies them have puzzled and frustrated industrialists and regulators and have led numerous observers to argue that the American public’s apparent pursuit of a ’zero-risk society’ threatens the nation’s political and economical stability " (SLOVIC Paul, "Perception of Risk", In Paul SLOVIC The Perception of Risk, London : Earthscan, 2000 (1e édition 1987), p.220).
[2] SLOVIC Paul, op. cit., p.221.
[3] Programme de Recherche Inter organisme pour une Meilleure QUalité de l’Air à l’échelle Locale - Programme de REcherche et D’Innovation sur les Transports terrestres.
[4] Mairie de Paris, États Généraux de la Qualité de la Vie (septembre-octobre 1999), Document interne, 2000.
[5] Association des Maires d’Île-de-France, Île-de-France Objectif : pollution zéro - Actes des "2es Assises de l’Amif, Parc Floral de Paris, 23, 24, 25 avril 1998.", 1998, 128 p.