En partenariat avec Adwiser, l’Ademe a lancé une étude afin d’éclairer le débat sur l’efficacité, l’acceptabilité et aussi des limites du recours à l’humour dans les stratégies de communication sur le développement durable. Elle s’appuie sur trois ressources différentes : une analyse de campagnes publicitaires, des entretiens avec des groupes de citoyens et des avis d’experts. Les résultats ont été publiés en septembre 2011. En voici les principaux enseignements.
Sympathique, caustique, satirique ou absurde, il existe quatre formes humoristiques qui sont analysées et illustrées dans le rapport de l’Ademe.
Forme d’humour la plus consensuelle puisque proposant de rire ensemble (plutôt que de rire de), l’humour sympathique provoque souvent plus le sourire que le rire. Ainsi, le procédé humoristique constitue une fin en soi : calembour, métaphore, intertexte, travestissement…
Cette forme humoristique est employée autant par les marques que par les associations et se caractérise par une prise de parti faible permettant l’adhésion du plus grand nombre.
Elle est soumise comme les autres au présupposé du décodage et son succès dépend en grande partie de l’adhésion du public aux références proposées et à la légitimité du porte-parole choisi : une dimension clivante (j’aime/j’aime pas) à prendre en considération.

Ces communications cherchent avant tout à pousser le récepteur dans ses retranchements en lui montrant ce qu’il n’a pas envie de voir, l’humour agissant dans ce cadre là comme un facilitateur. Humour trash, rire jaune : un humour un peu grinçant qui lui non plus ne provoque pas la franche rigolade.
Cette forme humoristique est plutôt réservée aux messages militants, aux associations, aux grandes causes pour lesquelles il faut choquer pour susciter une prise de conscience et faire agir - une démarche plus complexe que dans une approche d’incitation marchande.
Le parti-pris « trash » peut parfois heurter la sensibilité du public.
Quelques précautions facilitent l’adhésion au message :

Ensemble des stratégies humoristiques qui impliquent un « bouc émissaire », celui au dépend duquel le rire est possible : se moquer des codes du DD, des fausses solutions ou encore des cyniques. Une moquerie qui implique un véritable parti pris en termes de valeurs et qui peut donc se révéler segmentant.
Cette forme humoristique est assez utilisée par les publicitaires, notamment au service des marques, dans la mesure où elle joue sur une proximité idéologique avec le récepteur.
Mais l’étude qualitative confirme la nécessité d’être particulièrement prudent dans son maniement tant elle peut avoir des effets contre-productifs :

Le raisonnement par l’absurde, comme forme de raisonnement logique, permet de démontrer la vérité d’une proposition en prouvant l’absurdité d’un comportement contraire ou en montrant la fausseté d’une autre proposition en en déduisant logiquement des conséquences absurdes. Dans le cadre du développement durable, il s’agit de pousser les comportements négatifs ainsi que leurs conséquences à l’extrême afin de démontrer leur non sens.
Cette forme humoristique vise à la prise de conscience de manière adoucie par rapport à une prise à partie frontale d’une catégorie identifiée de la population.
Comme pour l’humour caustique, la distance idéologique supposée avec le récepteur implique un risque que le message pose son émetteur en donneur de leçons. Deux conséquences à cela :
Une autre difficulté que peuvent rencontrer ces stratégies réside dans la trop grande distance induite par la mise en scène de conséquences à long voire très long terme. Un risque de maintenir le développement durable dans une problématique abstraite.
Cette forme humoristique peut cependant être sauvée par une transfiguration positive du constat désastreux via la valorisation des comportements à adopter.

Un choix de la forme humoristique qui s’opère, consciemment ou non, en fonction de la nature idéologique de l’émetteur et de la manière dont il veut amener le destinataire à adopter son opinion :
La principale difficulté identifiée dans le maniement de l’humour reste le risque d’incompréhension, qui peut aboutir à un malentendu sur les intentions de l’émetteur et aboutir à des effets contre-productifs :
Quelques règles issues de l’analyse sémiologique semblent ainsi s’appliquer en fonction de la forme humoristique :
Quelques règles issue des éclairages par les groupes qualitatifs semblent ainsi s’appliquer de manière plus générale :
Vignette : © Daniel Flower
En bonus, les auteurs de cette étude (Kantar Média) nous offrent un jeu de mots involontaire, particulièrement croustillant. En page 53 du rapport, dans la partie L’avis des experts, voici ce qu’ils font dire au responsable de France Nature Environnement à propos de leur dernière campagne : « Non à la concentration d’élevages industriels dans les sous-bassins versants exposés aux excédents mazoutés » (au lieu d’azotés). Trop drôle ;-) Marées noires ou vertes, quelle différence ?