Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement [www.unep.fr] et le cabinet-conseil en communication Futerra [www.futerra.org] ont publié en septembre 2005 un guide intitulé Communiquer sur le Développement Durable - Comment produire des campagnes publiques efficaces. Ce guide fournit aux gouvernements nationaux et aux collectivités locales des conseils de spécialistes sur la manière de réaliser des campagnes de communication sur les questions d’environnement et de développement durable. Il expose également plusieurs exemples de campagnes innovantes.

Trois écueils à éviter pour communiquer sur le développement durable.
Il est tentant de se dire que toute communication sur le développement durable est forcément bonne et utile. En fait, une communication mal planifiée au mauvais endroit sera inefficace dans le meilleur des cas (ce sera du temps et de l’argent perdus) et aura des conséquences négatives dans le pire des cas.
À travers nos études, nous avons identifié trois erreurs courantes :
Un gros budget n’est pas primordial pour réussir une campagne de communication. Peu importe la taille du budget dont vous disposez, ce qui compte c’est d’en tirer pleinement parti en planifiant soigneusement votre campagne et en nouant des partenariats avec d’autres organisations. Cibler un public spécifique avec un message défini est souvent plus efficace (et coûte moins cher) que sensibiliser à grande échelle par la publicité.
La plupart des campagnes de communication ont au moins l’un des trois objectifs suivants :
Informer ne suffit pas. Il y a deux choses importantes à savoir quand on planifie une campagne de communication sur le développement durable : Fournir des informations peut sensibiliser davantage mais a peu de chances de produire un changement d’attitude ou de comportement. Admettre que le public ne réagit pas vraiment aux informations ne veut pas dire qu’il faut se résigner et ne rien faire. Il faut au contraire se tourner vers d’autres disciplines pour chercher des outils. Par exemple, les experts en stratégie de marque créent entre les consommateurs et les marques de produits un lien émotionnel qui dure depuis de nombreuses années. Ce n’est pas forcément rationnel, mais ça marche.
Ce n’est pas en faisant peur aux gens que l’on retient leur attention. Il faut manier la peur avec beaucoup de circonspection dans la communication sur le développement durable. L’expérience montre qu’elle provoque souvent l’apathie, le sentiment que l’on ne peut rien faire. C’est particulièrement fréquent quand il n’y a pas d’infrastructures appropriées (des installations de recyclage par exemple). Il est tout aussi improductif de s’attaquer à la maison ou à la famille. Faire appel à l’instinct de survie peut aussi ne pas produire les résultats attendus. Les instincts humains de combat ou de fuite ne sont pas programmés pour faire face à des menaces vagues et incertaines comme le changement climatique. Si bien que lier les questions de développement durable à notre survie risque tout simplement d’alarmer les gens et de les rendre apathiques.
Des catégories différentes de personnes auront des opinions parfois diamétralement opposées. On constate des différences d’opinion encore plus grandes si on segmente les publics en fonction de la démographie, par exemple l’âge et le sexe. Chaque public réagira à sa manière à différentes intonations ou à différents médias. C’est pourquoi il est important de formuler vos messages et de choisir vos canaux de communication avec le plus grand soin. Internet n’est ainsi pas forcément le meilleur moyen de communiquer avec les personnes d’un certain âge. Les campagnes de communication qui réussissent le mieux sont celles qui définissent avec précision le public cible.
Il est également primordial de définir votre message. Il n’est pas nécessaire de communiquer sur la totalité du concept de développement durable pour favoriser le changement. Il est souvent plus efficace de se focaliser sur un seul problème, comme l’efficacité énergétique ou l’achat de produits éthiques .
Les questions de développement durable doivent être étroitement liées à un but motivant. Même si vous écrivez une simple page pour un site Internet, elle doit être attrayante. Pensez comme un conteur moderne : exploitez la dramaturgie des défis et révélez le côté excitant des solutions.
Des expériences récentes montrent que "les gens se soucient de l’environnement, mais jugent d’autres problèmes plus importants" [1]. Pour communiquer efficacement sur le développe-ment durable, il peut être utile de l’associer à d’autres questions comme la santé, la richesse ou l’emploi, ou à des aspirations telles que l’amélioration de l’habitation ou de la qualité de vie.
Comprendre ce qui motive un public est la première étape pour savoir comment lui parler. La psychologie a, dans ce domaine, quelques leçons utiles à nous transmettre :
"Les gens sont motivés quand :
— Ils savent et comprennent ce qui se passe : ils détestent être désorientés ou en pleine confusion.
— Ils apprennent, découvrent et explorent : ils préfèrent acquérir des informations à leur propre rythme et répondre aux questions qu’ils se posent.
— Ils participent à ce qui se passe autour d’eux : ils détestent se sentir incompétents ou impuissants." [2]
Tout l’art de la communication consiste à traduire une grande vision en messages à la fois adaptés au public et pratiques dans le sens qu’ils peuvent susciter une réponse.
Le meilleur moyen de concrétiser vos idées est d’élaborer un plan de communication. Il n’y a pas deux plans semblables : il est en effet beaucoup plus simple de réaliser un prospectus que d’organiser une campagne nationale de publicité et de promotion. Cependant, le modèle ci-dessous indique les principales étapes à suivre pour planifier toute forme de communication.
Une phase initiale d’étude augmentera vos chances de succès. Cette section concerne en particulier les campagnes de grande envergure.
Avez-vous une vision claire du contexte dans lequel se déroulera votre campagne ? Procédez à une analyse dite "SLEPT", c’est-à-dire examinez les aspects sociaux, légaux, environnementaux, politiques et techniques qui peuvent avoir une incidence sur votre campagne. Tenez compte, en particulier, de la politique nationale de développement durable et de toute campagne menée récemment ou en cours sur votre marché. Essayez de réunir le plus d’études possible en parlant à d’autres personnes ou en faisant des recherches sur Internet.
Avez-vous défini vos objectifs globaux et vos délais ? Vous pouvez utiliser les résultats de cette phase pour fournir un briefing à une agence de communication.
Faire une étude d’audience permet de s’assurer que le message atteindra les bonnes personnes et que celles-ci intègreront les informations et/ou y réagiront.
Savez-vous qui est la cible ? Identifiez toutes les cibles que vous voulez toucher et déterminez un ordre de priorité. Choisissez une cible spécifique (par ex. "les mères de famille") plutôt que "le public".
Qu’est-ce qui motive votre cible ? Qu’est-ce qu’elle lit, regarde, écoute ? Quels endroits fréquente-t-elle ? Le meilleur moyen de le savoir est de faire quelques études (par ex. groupes de discussion, enquêtes par téléphone). Définissez un profil précis. Pensez aux autres personnes qui peuvent influencer votre cible (par ex. parents, patrons) : qu’est-ce qu’ils lisent, regardent, écoutent ?
Ne commencez pas à communiquer avant d’avoir fixé les principaux objectifs.
Avez-vous fixé un objectif de développement durable réaliste ? Choisissez des objectifs atteignables, par ex. "réduire la consommation d’énergie des ménages de 5%", plutôt que "atténuer le changement climatique".
Avez-vous déterminé quels changements permettront d’atteindre votre objectif de développement durable ? La communication est-elle la bonne méthode ? Si c’est le cas, décidez s’il faut sensibiliser davantage, changer les attitudes ou changer les comportements, voire les trois.
Décrivez la façon dont vous allez atteindre vos objectifs.
Avez-vous décidé comment aborder la campagne ?
Vous pouvez souhaiter :
— revoir le contexte, l’étude d’audience et les objectifs ;
— envisager d’autres approches possibles de la campagne ;
— réviser le budget ;
— élaborer l’argumentaire de la campagne (ce qu’elle apportera, pourquoi c’est la meilleure solution).
Expérimenter d’abord la campagne sur une audience plus restreinte peut fournir des renseignements précieux pour une campagne de grande envergure.
Impliquez-vous les parties prenantes ? Le dialogue avec les parties prenantes au stade de l’élaboration de la campagne peut leur donner la sensation de se l’approprier quelque peu et l’envie de contribuer à son succès.
Il faut étudier avec soin le ou les message(s) pour qu’il(s) suscite(nt) l’intérêt de votre audience ; ne la surchargez pas d’informations !
Avez-vous déterminé un message principal ? Gardez un fil conducteur pendant toute la campagne, par exemple en utilisant toujours le même logo ou un slogan identifié par une marque.
Avez-vous réfléchi à la façon d’adapter votre message à différentes cibles : hommes, femmes, adolescents, etc. ? Il existe peut-être des études que vous pouvez utiliser. Si le budget le permet, mettez au point des prototypes de messages et de visuels et testez-les par de nouvelles études.
Avez-vous réfléchi au moyen de jouer sur les émotions de votre public cible ? Développer une marque peut créer un lien émotionnel avec votre audience. Pour cela, vous aurez besoin des conseils d’un spécialiste.
L’impact de votre message dépendra des canaux de communication que vous utiliserez.
Avez-vous déterminé comment votre cible préfère recevoir des informations, par ex. les médias, Internet, ou le bouche à oreille ? Le profil de la cible sera ici une aide précieuse. Déterminez qui sont les guides d’opinion de votre cible ou les organisations auxquelles elle pourrait appartenir. Soyez créatif. Cherchez comment vous pouvez activer les réseaux sociaux pour que votre message soit relayé par d’autres personnes.
Soyez créatif. Cherchez comment vous pouvez activer les réseaux sociaux pour que votre message soit relayé par d’autres personnes.
Qui gérera la campagne ? Déterminez l’organisation chef de file et définissez les rôles et responsabilités de tous les partenaires et des membres de l’équipe. Envisagez la constitution d’un groupe de pilotage composé d’experts en communication, en stratégie et en développement durable.
Êtes-vous en mesure d’obtenir une réponse rapide pour les décisions concernant la communication ? Le groupe de pilotage ne peut être chargé des affaires courantes ; il faut un coordinateur spécialement nommé à cet effet. Trouvez quelqu’un qui sera le visage de votre campagne. Il n’est pas nécessaire que ce soit une célébrité, mais quelqu’un qui a un bon contact avec les médias, et qui soit un expert sérieux, reconnu, intéressant, convaincant et compréhensible. Assurez-vous que les messages de la campagne restent d’actualité en revoyant régulièrement le contexte.
Avez-vous pensé aux étapes de la mise en œuvre ? Établissez un planning pour votre campagne. Déterminez les étapes importantes de la communication, ce qui doit être produit et quand. Si vous avez des ressources limitées, donnez un grand retentissement au lancement de votre campagne en l’associant à d’autres événements.
Avez-vous pensé aux ressources ? Établissez un budget. Prenez en compte toutes les ressources dont vous aurez besoin (personnes, compétences, matériel, temps et argent).
Avez-vous élaboré une procédure de gestion du projet ? Qui est chargé de vérifier si les objectifs ont été atteints et les délais respectés ? Comment cela sera-t-il fait ? Que se passera-t-il si ce n’est pas le cas ? Mettez au point un plan de gestion de crise. Vous n’en aurez peut-être pas besoin, mais il est primordial d’être préparé au cas où quelque chose ne se passerait pas comme prévu.
Les mesures et évaluations permettent de savoir si les activités prévues ont bien eu lieu et si les objectifs ont été atteints.
Avez-vous décidé comment mesurer votre campagne ? Il y a trois types de mesures :
Avez-vous un retour d’information de votre audience ? Reportez-vous à votre classement des cibles par ordre de priorité pour évaluer les informations en retour.
Conservez-vous des documents à l’appui de votre évaluation et produisez-vous un rapport ? Les mesures coûtent souvent cher, mais il y a toujours quelque chose à mesurer. Parmi les moyens d’évaluer votre campagne (d’après l’enquête PNUE/Futerra) :
L’étape finale consiste à définir la façon dont vous allez présenter votre plan aux membres de votre équipe et aux principales parties intéressées. Ces dernières peuvent faire partie de votre organisation ou être extérieures à celle-ci.
Cinq éléments pour garantir le meilleur usage de votre plan.
Pour communiquer efficacement, les gouvernements et les collectivités locales se heurtent à des obstacles particuliers. Tous ne peuvent être surmontés, mais en avoir conscience permet une meilleure planification. L’étude PNUE/Futerra a répertorié les différents obstacles inhérents à la fois au processus politique (questions externes) et à la nature des instances dirigeantes (questions internes).
Des changements dans l’administration politique peuvent se traduire par un moindre soutien et une diminution des ressources affectées à la communication sur le développement durable. Or les meilleures campagnes de communication sont celles qui se prolongent dans le temps ; un message ne faisant pas l’objet d’un suivi peut désorienter le public et freiner son action.
La solution ? Construire un argumentaire pour votre campagne peut être utile. Autant que possible, liez votre problème de développement durable aux priorités de la nouvelle administration (par exemple emploi et santé).
Les messages sur le développement durable doivent être non seulement simples et clairs, mais aussi crédibles. La communication doit par conséquent être en accord avec l’action publique. Mais les autorités nationales et locales se heurtent à deux types de difficultés : le public veut souvent des choses contradictoires et des messages contradictoires émanent souvent des différents ministères.
Le public veut souvent des choses contradictoires. Le public exige souvent des mesures politiques contradictoires, par exemple une hausse des dépenses publiques et une baisse des impôts. En l’absence de demande claire de l’électorat, il peut être difficile pour les instances dirigeantes de montrer une volonté politique claire. La solution ? Des campagnes visant à changer les attitudes peuvent in.échir l’opinion publique ; c’est un objectif plus facile à atteindre que de changer les comportements et il peut susciter une volonté de changement de politique de la part de l’électorat.
Des messages contradictoires peuvent émaner de différents ministères. Du fait des demandes changeantes du public, les messages sur le développement durable peuvent contredire les promesses d’autres instances dirigeantes. Cette incohérence peut faire douter de la volonté des pouvoirs publics d’agir pour le développement durable. Au sein même d’un ministère, il peut être difficile de garantir la cohérence des messages sans l’adhésion du personnel. La solution ? Des campagnes de communication internes peuvent motiver le personnel et lui faire comprendre la pertinence du développement durable pour leur propre ministère. Pour la communication externe, vous pouvez évaluer si d’autres organisations sont mieux placées pour diffuser le message en votre nom.
Notre étude a montré que le jargon était une barrière spécifique à l’efficacité de la communication gouvernementale et ce, dans tous les domaines. Il faut veiller à ce que le développement durable ne soit pas perçu comme un club fermé réservé aux initiés. La solution ? Testez tous les messages auprès de vos relations ; si vos amis ne comprennent pas, il y a fort à parier que peu de gens comprendront.
Notre étude montre que le manque de fonds est souvent un obstacle à une communication efficace sur les questions de développement durable, ce dont on ne sera pas surpris. Cela a des implications majeures pour la phase de mesure. L’évaluation des campagnes de communication antérieures - et donc les données disponibles pour les communications futures - est souvent inexacte, voire inexistante.
La solution ? Simplifier les choses. Sans les fonds nécessaires pour mener une véritable évaluation, une mesure informelle peut être envisagée : décrochez le téléphone et rechercher des informations qualitatives.
Il n’est pas nécessaire d’être un professionnel de la communication : il faut pouvoir aborder la communication de façon professionnelle. Cela signifie notamment savoir quand vous avez besoin de l’aide et des conseils d’un spécialiste. L’assistance nécessaire dépendra de votre situation. Certaines autorités nationales et locales ont accès aux services d’agences de communication, d’autres à des ressources par l’intermédiaire d’ONG, d’autres encore feront appel à du personnel spécialisé interne. Nous vous donnons ci-après des conseils pour trouver une agence, quelles compétences doit posséder votre personnel et comment faire un bon briefing de communication .
Avant de vous lancer dans ce processus, vérifiez que vous êtes en règle avec les consignes nationales, locales et internes en matière de contrats publics.
Une agence de communication peut vous aider dans les domaines suivants :
— élaboration d’une stratégie,
— étude de marché,
— gestion des médias,
— communications via Internet,
— travail créatif tel que conception et production de publications.
Les conseils ci-après ont été rédigés avec l’aide de la Fédération des agences de communication [3].
Cette section vous suggère les compétences à rechercher si vous recrutez du personnel de communication interne. Il est peu probable que vous trouviez toutes ces compétences en une seule personne ; voici donc ce que vous pouvez chercher pour constituer une équipe :
— L’aptitude à négocier et à influencer.
— Un bon style rédactionnel.
— Une sensibilité aux questions culturelles et politiques.
— Le savoir-faire en matière de gestion de projet.
— La capacité de traduire des questions complexes en messages simples et clairs.
— La connaissance du travail de conception et de production.
— L’expérience de la collaboration avec les médias.
— Des compétences en matière de communication électronique.
Aussi talentueux que soient l’agence de communication ou le personnel recruté, le résultat final dépendra du briefing que vous leur soumettrez au départ. Un briefing de qualité repose sur trois principes : instructions écrites, clarté de la pensée et objectifs clairement définis.
Votre briefing écrit doit comporter les rubriques suivantes :
Des réseaux informels de spécialistes de la communication sur le développement durable commencent à se former. De nouvelles ressources sont mises au point et partagées. Ce guide en est une ; une nouvelle base de données en ligne du PNUE en sera une autre.
Lors de l’étude effectuée par le PNUE et Futerra, de nombreuses autorités nationales et collectivités locales se sont dites intéressées par :
En réponse à cette demande et pour prolonger ce guide, le PNUE mettra en place une nouvelle base de données présentant des campagnes publicitaires de tous les pays du monde. Ces campagnes émaneront du secteur public et du secteur privé et traiteront de nombreux aspects du développement durable. Nous espérons que cet outil sera une source d’inspiration et d’informations utiles.
Si vous voulez être averti du lancement de cette base de données, inscrivez-vous à notre liste de diffusion (voir le formulaire en dernière page du guide).
Le PNUE a également l’intention d’effectuer une enquête internationale en 2006 pour savoir si cette publication, Communiquer sur le Développement Durable, a aidé les pouvoirs publics à élaborer de nouvelles campagnes et quelles initiatives seraient utiles à l’avenir dans ce domaine. Elle cherchera également à savoir si les spécialistes de la communication relative au développement durable pourraient tirer profit d’un réseau international plus organisé.
La base de données mentionnée dans le guide a été publiée peu de temps après la publication du guide : PNUE - Galerie de communications sur le DD.
[1] MORI / International Environment Monitor (1998).
[2] Kaplan, S. (2000), "Human Nature and Environmentally Responsible Behaviour". Journal of Social Issues. Malden, MA : Blackwell Publishers
[3] The Client Brief [www.ca.nfo.com/documents/full_client_brief.pdf]